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« Au moment de l'holocauste, ils ont appelé cela la solution finale. En Bosnie, les Serbes ont appelé cela l'épuration ethnique. Au Rwanda, on a appelé cela écréter les grands arbres. Personne n'a employé le mot génocide et pourtant c'était bien de cela qu'il s'agissait. Génocides, un mot tabou* ». C'est le même déni du génocide des Tutsis Rwandais que Patrick de Saint Exupéry continue de reprocher à la France soupçonnée en plus d'avoir prêté main forte à l'armée rwandaise génocidaire.
Sur France Inter hier, Patrick de Saint-Exupéry a repété que la France n'a jamais reconnu le génocide des Tutsis Rwandais. Tout au mieux a-t-elle reconnu tantôt un double génocide, tantôt un génocide tout court. Alors, Nicolas Demorand, s'est retourné vers Paul Quilès, qui avait appelé Inter pour donner la réplique à Patrick de Saint-Exupéry en direct, pour lui poser la question : « génocide des Tutsis Rwandais », ce sont des mots imprononçables en France ? Non a répondu Paul Quilès et je n'ai aucun problème pour le dire. Alors quoi ?
Jeudi 18, le colonel de l'apocalypse rwandais, Theoneste Bagosora et deux de ses acolytes, le Major Aloys Ntabaduze et le Lieutenant Colonel Anatole Nsengiyumva ont été condamnés à vie par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda qui siège à Arusha en Tanzanie, pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre. En 100 jours le génocide rwandais qui a débuté au lendemain de l'abattage de l'avion de feu le Président Hutu Rwandais, Juvénal Habyarimana du 6 avril, a fait 800 000 morts. C'est le bilan officiel du génocide. Selon la Cour Pénale, d'Avril à Juillet 1994, Bagosora était à la tête de l'armée Rwandaise et des militiens hutus qui ont commis les massacres à travers tout le Rwanda avec l'approbation du Colonel Bagosora. Ce qui en fait le metteur en scène et le « cerveau » du génocide.
Quel a été le rôle de la France au Rwanda en 1994 ?
A Paris, les membres de la Mission Parlementaire sur le Rwanda (1998) dirigée par Paul Quilès n'ont jamais parlé de génocides mais de massacres excessifs ou de crimes monstrueux. Ce qui a le don de mettre Patrick de Saint-Exupéry en colère. Qu'est-ce qu'un massacre excessif ? Où est la limite entre le massacre excessif et le génocide ? Le colonel Bagosora était-il le bras armé, l'organisateur ou l'artisan de ce massacre excessif ? Le Tribunal Pénal International qui vient de le condamner en tant que Chef des armées montre bien que l'armée Rwandaise était au coeur du génocide et que les Tutsis n'ont pas été tués seulement à coups de matchettes comme on aime à le dire et montrer, mais avec des grenades et des actes militaires. Quel a été le rôle de Paris dans ce génocide ? Le colonel de l'apocalypse, aurait été formé par l'armée française entre 1990 et 1994. Il a été soutenu pendant et après le génocide.
L'autre invitée à titre de témoin, la Rwandaise Tutsi rescapée, Esther, a confirmé les propos de Patrick de Saint-Exupéry sur le point que si l'armée ne s'en était pas mêlée, il n'y aurait pas eu de génocides. Les pillages et les viols étaient commis par l'armée. Comment a-t-elle pu échapper au massacre ? Pure chance. Il y a eu une rafle sur sa colline. Les militiens leur ont promis de revenir se charger d'eux. Ils ne sont jamais revenus. C'est ainsi qu'elle a pu s'enfuir en Ouganda, puis vers l'Europe.
Interpellé directement, Paul Quilès a appelé Inter pour répondre en direct à Patrick de Saint-Exupéry. Selon lui, la mission parlementaire n'a pas pu démontrer la participation de la France au génocide rwandais. Au contraire, en 1993, la France a participé aux accords d'Arusha qui préconisaient le partage du pouvoir au Rwanda. [Une histoire de partage de pouvoir qui finit dans le drame donc]. La France n'a pas participé à ce génocide, ni activement ni indirectement.
Faux, répond Patrick de Saint-Exupéry. La France est complice et sa participation au moins indirecte est démontrée. Le colonel Bagosora a effectué un passage à l'Ecole de guerre de Paris en Juin 1994, 3 mois après le génocide. Pendant le génocide, un virement lui a été fait via la BNP Paribas de 100 millions de dollars pour l'achat et une livraison d'armes à Goma, au Nord Kivu, frontière Est rwandaise. La Mission Parlementaire conduite par Paul Quilès a volontairement écarté des témoignages Rwandais ; témoins occulaires.
Réponse de Paul Quilès. La Mission parlementaire n'a écarté aucun témoignage. La mission parlementaire a travaillé 110 h , elle a entendu 88 témoins et parcouru 15 000 pages de textes. La mission n'ignore pas également que plusieurs excursions militaires au Rwanda provenaient de pays étrangers (frontaliers anglophones : Ouganda, Burundi) qui abritaient les rebelles Tutsis dont le Président actuel du Rwanda, Paul Kagame faisait partie. Lorsque le 6 Avril, l'avion du Président Habyarimana est abattu, le Secrétaire Général de l'ONU a été interpellé pour l'envoi des troupes de l'ONU. Mais, dans le contexte d'irresponsabilité de l'ONU de l'époque, rien n'a été fait.
La prochaine fois, y aura-t-il quelqu'un pour écouter. Next time will anyone listen *?L'ONU prêtera-t-elle l'oreille ?
Qu'en pense Esther ? L'abattage de l'avion du Président Habyarimana n'était qu'un prétexte. Même sans cet abattage, le massacre des Tutsis aurait été commis puisqu'il avait déjà été planifié. Propos confirmés par le reportage de C. Amanpour et par la Cour Pénale Internationale pour le Rwanda qui a dit ceci par la voie du Procureur Général : « ICTR Prosecutor Hassan Bubacar Jallow said the convicted men "prepared, planned, ordered, directed, incited, encouraged and approved the murder of innocent civilian Tutsis. (CNN)" - Les accusés ont préparé, planifié, conduit, incité, donné des ordres, encouragé et approuvé le crime des civils innoncents, les Tutsis.
Esther poursuit. La France savait ce qu'elle faisait au Rwanda. Elle aidait techniquement l'armée. Et, de temps en temps, les communiqués officiels parlaient d'infiltration des rebelles à Kigali certaines nuits et, effectivement, ces nuits là, on entendait des coups de feu. Les rwandais se sont aperçus de la supercherie puisqu'à chaque fois qu'ils cherchaient l'impact des balles dans les murs, ils n'en voyaient pas. En fait, ils soupçonnent les militaires d'avoir tiré des coups de feu en l'air et de présenter cela comme des incursions des rebelles sur le territoire. [Techniques de manipulation politique et militaire classiques]. Elle confirme la présence française au Rwanda : elle a elle-même été contrôlée par les Français à un checkpoint. Les contrôles d'identité par les Français étaient une chose banale. Elle confirme aussi l'indifférence du Monde entier. Le Président du Rwanda a répondu la même chose à Christiane Amanpour dans son reportage sur les génocides. Pourquoi, a-t-elle demandé au Président Kagamé, la communauté internationale n'est-elle pas intervenue au Rwanda ? Réponse de Paul Kagame : Nobody cares. Traduction : Tout le monde s'en fout.
Paul Quilès concède qu'il y a eu des erreurs mais que la complicité de la France n'est toujours pas démontrée dans aucun des 6 rapports contradictoires produits en Europe, en Belgique, en France ou en Espagne. Paul Quilès renouvelle sa demande auprès de l'ONU pour que la lumière soit faite dans cette affaire.
Pour Patrick de Saint-Exupéry, il reste des zones d'ombres.
Livre de Patrick de Saint-Exupéry. L'Inavouable. La France au Rwanda.
* Christiane Amanpour. Grand Reporter International chez CNN. Reporter de Guerres. Film documentaire sur les génocides – Scream Bloody Murder.
@ Elise Mbock
Réponses à Iberta et à Rwasta. D'abord, je n'accuse personne. J'ai fait un compte rendu et quand il était possible de confirmer certains propos par d'autres, je l'ai fait. Maintenant, on sait tous que dans toute guerre, des deux côtés, il y a des crimes et du sang dans les mains. L'article ne visait pas à dire qui des hutus ou des tutsis est le plus coupable, c'est le travail des tribunaux ; mais à répondre à la question récurrente ici depuis le génocide, à savoir quel a été le rôle de la France au Rwanda. France Inter en a donc parlé sous cet angle et ses deux invités étaient tout à fait représentatifs des incertitudes qui pèsent toujours sur le rôle de la France au Rwanda. Maintenant, si vous me dites que le tribunal est à la solde des puissants, que je suis de parti pris, je ne vois pas comment on va y arriver. De toutes façons, cet article est un premier d'un dossier qu'on va suivre ici ensemble. D'autres articles suivront et on pourra faire les recoupements au fur et à mesure avec ce que vous apporterez au débat. Donc, je prends note de vos arguments, sans parti pris.

